• EN CETTE IMPASSE
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    On vient sentir ta bouche
    Que tu n'aies dit je t'aime
    On vient sentir ton cœur
    Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse
    Quant à l'amour,
    On lui donne le fouet
    Le long des remparts sentinelles
    L'amour, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour
    En cette impasse torve, torturée par le froid
    Brille l'amour
    Par la grâce nourricière des chants et des poèmes
    Ne te risque pas à penser, ma toute gracieuse
    Quelle étrange époque vivons-nous
    Celui qui, nuitamment, martèle à notre porte
    Est venu en meurtrier de la lampe
    La lumière, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour
    Et voici que viennent les bouchers
    Veillant à tout passage
    Ils apportent la planche et les hachoirs en sang
    Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse
    Et ils équarrissent le sourire sur les lèvres
    Et les chants sur la bouche
    La joie, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour
    Les canaris sont couchés sur la braise,
    brûlante de jasmin et de lys
    Quelle étrange époque vivons-nous, ma toute gracieuse
    Iblis* est triomphant,
    Ivre, attablé au banquet de nos deuils
    Dieu, on l'enfouit au fond d'une arrière-cour.

    Juillet 1979

    (* Satan, dans la tradition orientale)